mercredi 12 août 2009

Badlands


Aujourd’hui, match amical contre Grenoble. Aussi peu signifiant que puisse être ce match amical, je suis très nerveux avant la rencontre. Car je sais qu’avant le match, je vais retrouver Fabrice Landreau. L’été, quand on se débarrasse de son chien sur l’autoroute, au moins on est pratiquement sur de jamais le recroiser. Peut être même qu’il est mort et mieux là où il est. Landreau n’a pas eu cette chance, puisque désormais il entraîne Grenoble. A Paris, c’était un des rares mecs du groupe qui ne déprimait pas trop, ou pas trop visiblement en tout cas. Son moyen de survie en milieu hostile, c’était son sens de l’humour. Mais je doute que cela puisse le sauver maintenant, car même en le prenant avec philosophie il n’y a pas grand-chose de marrant dans le fait d’entraîner le club formateur de Brian Liebenberg.

Quand Matthieu Blin, mon nouveau bras droit - ou plutôt bras maladroit vu ses performances en touche - m’a fait un petit topo de l’histoire récente de ce club, je me suis vraiment senti mal pour Fabrice. Il m’a qu’un des dernier entraîneur ‘connu’ a avoir essayé de remonter Grenoble en 1ère division était Jacques Delmas. Je me rappelle d’avoir croisé ce gars quand il entrainait Biarritz: déprime chronique, fort sentiment de persécution, théorie du complot arbitral, incohérence… il me faisait plus penser à un vétéran du Vietnam qu’à un entraineur de rugby. Blin m’a aussi raconté que Dean Richards, le mec qui a gagné deux H-Cup avec Leicester et qui en général réussi partout où il passe - y compris au Stade de France avec les Harlequins - a entrainé Grenoble une saison avant de se casser, pousser vers la sortie par les joueurs. C’était confirmé, entraîner Grenoble était une malédiction. Et y vivre, ça ne devait pas être mieux. Déjà, il avait sûrement dû se rabaisser à faire des trucs totalement inutiles quand on habite Paris, comme passer le permis de conduire. Il ne pouvait plus fréquenter la rue de la Soif, il ne pouvait plus se détendre en allant assister à un spectacle comique dans le grand stade juste en face de Jean Bouin. La vie en province, quoi. Enfin moi j’en savais pas grand-chose, j’y ai jamais vécu, mais les joueurs me l’ont certifié. Ils m’ont même dit qu’en province, les gens étaient tous congénitaux, qu’ils vivaient dans des fermes moyenâgeuse et qu'ils ne mangeaient que des fromages à l'odeur insupportable. Sauf les toulousains qui eux, ne mangeaient que du cassoulet. Je me demande si ils en faisaient pas un peu trop… enfin bon, nous on se fait bien traiter de tarlouzes parisiennes partout où on va, alors on peut bien se permettre de traiter le reste de la France d’attardés. Ca semble équitable.

Le moment fatidique arrivé, mes craintes se sont confirmées. Landreau la même barbe qu'Arnaud Marchois - qui doit postuler pour reprendre le rôle de prophète parisien - et le regard encore plus vitreux que celui de Lionel Beauxis. Il m’a serré la main mollement et ne m’a même pas fait une petite blague comme dans le temps. J’ai repensé à Vol au dessus d’un nid de coucou, quand à la fin du film Jack Nicholson étouffe son ami indien lobotomisé avec un oreiller pour lui offrir une fin digne. Mais je me suis dit que si je devais tuer un de mes adjoints, ce serait quand même mieux de cibler Dominici. Puis le match allait commencer. Je m’attendais pas à grand-chose, mais là quand même, c’était pas terrible. On a fini par gagner de 3 petits points, notamment grâce à Messina, auteur d’un essai et d’une belle partie. Blin m’a expliqué qu’il avait été formé à Grenoble, et que ça devait être pour ça qu’il avait autant envie de leur faire du mal. C’est un peu comme un étudiant américain qui a un mauvais souvenir de son lycée et qui décide d’y retourner avec un fusil à pompes.

C’était enfin fini et je pouvais laisser derrière moi cette ville maudite. Les joueurs insistaient pour vite partir d’ailleurs, de peur d’être chassés par des villageois armés de fourches et enragés après la défaite de leur équipe. Prochaine direction: Bourgoin notre deuxième et dernier match amical.

PS: en photo, la première ligne grenobloise, qui n'est malheureusement plus ce qu'elle était.

8 commentaires:

  1. Mais oui, pauvre Fabrice! Je aime mieux le rappeler dans le vidéo de Clarika...

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  2. Grenoblois déçu13 août 2009 10:29

    Mr McKenzie, je ne sais pas si on peut juger sans connaître, c'est donc pour cela que je ne vous jugerais pas. Mais d'expérience, se fier à des dires des personnes qui n'ont jamais ou très peu quittées Paris (et qui ont gardé un mauvais souvenir de la "Province" qui représente la quasi-totalité du territoire français) est insuffisant pour se former une opinion sur la Province et les provinciaux. Et je suis décu qu'un homme tel que vous puisse plus tard aller colporter de tels préjugés chez les hommes importants du rugby mondial. Bien sur qu'il existe des gens tels que vos joueurs vous les ont décris mais j'aime à penser qu'ils ne représentent qu'une infine partie de la population française.

    Avec mes salutations.

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  3. Grenoblois déçu13 août 2009 10:34

    J'ai suivi la consigne et fait comme si c'était MrMcKenzie qui parlait, mais la critique s'adressant à celui-ci s'adresse en fait à l'auteur de l'article et à ceux qui pensent de même.

    Quant au viril mais correct supporter, je ne juge pas le viril sans photo, mais ce n'est pas le plus correct des supporters croisés sur les divers terrains de rugby de france.

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  4. Putain... Le second degré n'est pas parvenu à toi "grenoblois décu".
    Ce blog est génial !! Il me tarde que la saison commmence !!


    Un autre grenoblois déçu par la crédulité de son compatriote !

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  5. Je crois que tu n'as pas la 'bonne' grille de lecture ami grenoblois: en utilisant des clichés assez grotesques sur les provinciaux (grenoblois ou autres, d'ailleurs c'est quand même une grande ville hein) je me moque surtout de l'arrogance parisienne, qui peut avoir du mal à concevoir qu'il existe une civilisation en dehors de la ville lumière. Le mauvais rôle n'est donc pas donné à ceux que tu crois ! Même si bien sur, tous les parisiens ne sont pas non plus comme ça.

    Il faut avoir du recul sur tout ce qui est dit ici, c'est du second degré voire pire. Si tout le monde réagissait comme toi, les premiers vexés seraient les supporters du Stade Français parce qu'ils s'en prennent quand même bien les pauvres. ;-)

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  6. Salut a toi Blogger ,

    Excellent ton site , humour décalé et génial , merci pour ce sympathique moment .

    Zouzou ,

    Grenoblois dans l'âme.

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  7. Excellent blog!
    Le cassoulet c'est bon mangez en!

    Par contre, dans vol au-dessus d'un nid de coucou c'est l'indien qui etouffe Nicholson lobotomisé car ayant aggressé l'infirmière suite au suicide d'un jeune.

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  8. Effectivement, grossière erreur ! Merci de l'avoir corrigée.

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