
Voici quelques nouvelles du club actuellement en stage de préparation à Tignes. Le club a l'habitude de s'y rendre depuis quelques années maintenant, c‘est devenu une sorte de rituel. Mais cette année, ce n'était plus pareil. Avant, pour la traditionnelle randonnée, on laissait Juan nous guider. C'était un peu comme Mitterrand à la Roche Solutré, pauvres mortels que nous étions, nous suivions le guide dans les montagnes, suspendus à ses lèvres, en attente des paroles du sage qui au contact de la nature nous livrerait la quintessence de son précieux savoir. Et on attendait longtemps avec Juan. Il faut dire qu'il vivait assez mal ce rôle de messie. C'est sur que quand on est idolâtrés par des connards pas foutus de se faire trois passes sur un terrain et des groupies écervelées, on peut se poser des questions. Finalement, l’anonymat c’est peut être pas plus mal.
Je me suis quand même dit que son départ était l'occasion de rebâtir une bonne fois pour toutes les fondations de l'équipe, et pour moi, de m'imposer enfin comme un leader, de laisser ma marque dans ce club. Plutôt que de voir une équipe en roue libre perdue sur le terrain et tapant des chandelles sans but, désormais nous aurons une équipe obéissant à un plan de jeu strict et étudié, consistant à taper des chandelles la plupart du temps. La différence - enfin j’espère - c’est l’efficacité. Et commencez pas à vous plaindre, si ça marche pour les Springboks je vois pas pourquoi ça marcherait pas avec nous. J’ai donc pris les devants et guidé le groupe dans les montagnes histoire d'imposer mon charisme. Je me suis vite rendu compte que c’était une mauvaise idée quand j’ai vu que je transpirais encore plus que Marconnet après 1km. Et moi et le sens de l'orientation, c'est un peu comme le Stade et la H-Cup, on cherche le mode d'emploi depuis 10 ans… on a pas tardé à se rendre compte qu'on était complètement perdus. Et fallait pas compter sur les autres pour retrouver le chemin, on a donc erré comme des cons une bonne partie de la journée.
La nuit n‘allait pas tarder à tomber et de nouveaux signes de discorde sont apparus au sein du groupe. Les argentins arrêtaient pas de nous raconter cette histoire de joueurs de rugby uruguayens devenus cannibales après un crash d'avion en pleine montagne. Roncero lui, pointait sa lampe torche sur le visage de Liebenberg pour essayer d'effrayer les nouveaux. Ca n'avait pas d'emprise sur Ollie Phillips, qui se réjouissait à l'idée de dormir à la belle étoile entre mecs, "comme dans Brokeback Mountain". Haskell lui aussi semblait bien le prendre, depuis le début du stage il filmait tout, tout le temps avec son caméscope et cette "aventure" serait sûrement un des moment marquant de son film de vacances. Pour me rendre complice avec les joueurs et tenter d‘installer une bonne ambiance, j'avais proposé qu'on le surnomme affectueusement Spielberg. Quelques joueurs ont ricané et j'ai entendu dire que Marc Dorcel lui irait mieux. J'ai pas cherché à en savoir plus, j'avais déjà ma dose d'obscénité quotidienne avec les tenues de Phillips.
Le ciel s’obscurcissait de plus en plus et ce n’était pas notre seul problème : on avait pas prévu de quoi pique-niquer et Bastareaud commençait à être affamé. Je vous ai déjà expliqué ce qu'il se passait dans ces cas là, et quelque chose me disait qu'un nouveau dérapage avec ses coéquipiers serait à éviter. Bon, pour l’instant, il se fait tout petit, comme un enfant qui vient de se faire gronder par son prof. Sauf que lui, son prof c’était carrément François Fillon - faut avouer qu’il a fait fort.Inutile de vous dire qu'avec tout ça, ça commençait à paniquer de tous les cotés. Un peu comme sur le terrain, les initiatives personnelles foireuses ont pris le dessus sur la raison et l‘unité du groupe était une nouvelle fois en péril. C'est alors qu'une lumière, chaude, enveloppante, presque rassurante, s‘est frayée un chemin à travers les arbres à proximité. D’un coup, tout le monde s’est tu et le moment avait presque quelque chose de surnaturel. Certains ont dit à voix ce que d’autres n’osaient même pas penser : « C'est Juan ! Il est revenu ! Il vient nous sauver ! » ...
Mais c'était juste les phares du 4x4 de Benjamin Delmoral. Il est descendu du véhicule l'air renfrogné et affublé d’un treillis militaire. Dans sa main droite, un mégaphone. ll s’est adressé au groupe en bombant le torse.
- Alors bande de petites taffiotes, on s'est perdus ? On peut plus vivre sans sa maman Juan Martin hein ? 50 pompes pour tout le monde et plus vite que ça ! Oui même toi Sylvain. Votre môman elle vous a abandonné les gars, faut s’y faire ! Vous vous demandez pas pourquoi ? Parce que vous êtes des merdes ! Des sous merdes ! Voilà tout ! Et si vous vous bougez pas le fion vous allez...
Ca a continué comme ça un bon 1/4 d'heure, je vous passe les détails. C'était une autre facette de son américanisation, il avait tendance à se prendre pour le sergent instructeur de Full Metal Jacket et passait sa journée à insulter les joueurs. La plupart trouvaient cela lourd et inutile: s'ils avaient envie de se faire insulter, après tout ils pouvaient toujours lire les forums sur internet. Pour les rassurer je leur ai dit que ça lui passerait sûrement. Comme il est resté bloqué aux années 80, peut être que la prochaine fois il nous fera Tom Cruise dans cocktail et on pourra se bourrer la gueule pour oublier qu'on est loin d'être prêts pour le début de saison. Phillips a fait remarquer qu'il préférait Cruise dans Top Gun, ce qui n'aura étonné personne. J'ai rétorqué que pour moi, son meilleur rôle c'était tueur à gages dans Collateral et que des fois j'aimerais bien pouvoir exécuter froidement des gens comme il le fait dans le film. Je crois que j'ai fini de terroriser le groupe, alors on a décidé qu'il était temps de rentrer. On a suivi le 4x4 sur les chemins de montagne direction l'hôtel, tout en encaissant les insultes de Delmoral. Bastareaud lui s'est nourri en chassant un faon, ce qui lui a rappelé son premier plaquage sur Julien Saubade à l’entraînement: "dur à choper, mais quand t'arrives enfin à le plaquer, tu entends les os qui craquent !" un bon souvenir pour lui. Roncero a dit que ça lui rappelait Bambi et le passage où la maman meure, son préféré. Finalement, la soirée s’est finie sur une bonne note.

Il fallait s'y attendre: sans Juan ils sont étourdis, égarés, perdus... Je comprend que c'est nécessaire un nouvel messie, mais Marchois avec sa barbe ce n'est pas la solution!
RépondreSupprimer"Bastareaud lui s'est nourri en chassant un faon, ce qui lui a rappelé son premier plaquage sur Julien Saubade à l’entraînement: "dur à choper, mais quand t'arrives enfin à le plaquer, tu entends les os qui craquent !" un bon souvenir pour lui. Roncero a dit que ça lui rappelait Bambi et le passage où la maman meure, son préféré. Finalement, la soirée s’est finie sur une bonne note."
RépondreSupprimerExcellent continue comme ça, je viens tous les jours en espérant un nouveau post :)
Enfin le retour
RépondreSupprimerj'attends (et j'espère) le suite....