
Je suppose que comme moi, vous vous êtes au moins une fois demandé pourquoi Max Guazzini et le Stade Français étaient si attachés au stade Jean Bouin, alors qu'on leur propose régulièrement de jouer au Stade Charlety ou en banlieue. C'est vrai, ce n'est pas vraiment un lieu historiquement lié au club, qui dans le domaine multiplie les conquêtes plus vite encore que Juan Martin Hernandez ne multiplie les groupes. Il est vetuste, et pas très bien situé: dans le XVIème arrondissement, faut avouer qu'ils sont un peu coincés du cul quand même, c'est pas génial pour les 3ème mi-temps. Et si en Angleterre ou en Argentine le rugby est le sport d'une certaine élite, à Paris, ça reste un truc de beaufs qui écoutent du Patrick Sebastien à poil dans les vestiaires en buvant de la mauvaise bière. En plus, c'est à 5m du Parc des Princes, pas top pour se démarquer. Pourtant, ce Stade, il a quelque chose. Même pour moi qui ne suis pas là depuis longtemps.
Laissez moi vous raconter une histoire qui date d'il y a quelques mois, puisque je n'ai rien de nouveau à vous raconter en ce moment. C'est une de ces histoires qui ne peuvent qu'arriver qu'au Stade Français et dont le stade Jean Bouin est l'acteur principal.
C'était au lendemain de la défaite au Stade de France contre Clermont. Max Guazzini était particulièrement énervé comme vous pouvez vous en douter. Comme il avait remarqué lors de son dernier grand discours, que la plupart des joueurs gardaient leurs Ipod vissés sur les oreilles, il est passé directement aux actes cette fois. Il est venu à Jean Bouin avec quelques gorilles et a tout simplement fait fermer toutes les entrées du stade à l'aide de grosses chaines, vous savez, les mêmes que celles de David Skrela sur la couverture du calendrier 2008. Et il nous a ordonné de nous entraîner jusqu'à ce qu'on sache se faire des passes. L'intention était noble, mais le seul problème, c'est qu'il avait pas pensé à Matthieu Bastareaud. C'est un peu comme un Gremlin, avec des règles légèrement différentes néanmoins: si on ne lui donne pas à manger toutes les 6h, il se transforme en quelque chose d'horrible, d'indescriptible, capable de dévorer tout ce qui présente devant lui, êtres humains compris. Et il avait pris son petit déjeuner il y 4h, ce qui ne nous laissait plus beaucoup de temps. Inutile de vous dire que la panique s'est vite propagée dans l'équipe, surtout chez les piliers qui ont compris qu'avec leur corpulence, ils seraient en première ligne. Héhé, nice one. Ca a donc commencé à jaser dans le groupe, comme d'hab personne ne s'écoutait, la vraie anarchie. C'est un classique, dans ce genre de situations chacun a tendance à essayer de trouver une solution de son coté, à jouer au héros, quitte à faire quelque chose de stupide. Et c'est précisément ce qu'a fait Dimitri Szarzewski. "J'ai une idée !" a t-il lancé, et avant même qu'on ne puisse réagir, il a empoigné Julien Saubade et l'a lancé par dessus les barrières du stade. Malheureusement, Dimitri n'était pas plus précis au lancer de hobbit qu'au lancer en touche... Mark Gasnier a fait une photo très marrante avec son Iphone en tout cas. Et pour l'anecdote, ce serait comme ça que Julien aurait débarqué dans les Hauts de Seine. Ah, le destin...
Pour éviter un autre drame, les leaders ont pris les choses en main. Matthieu Blin a été le premier a montrer la voie.
Blin: Les gars, si on s'écoute pas, si on travaille pas ensemble, on s'en sortira pas ! Il faut de la solidarité ! De la SO-LI-DA-RITE, SO-LI-DA-RI-TE...
Dominici: Un socialiste qui nous donne des leçons sur l'entente et la vie en commaunauté, elle est pas mal celle là tiens...
Blin: C'est pas pire que l'ailier préféré de Bernard Laporte qui essaye de nous apprendre le jeu de trois quarts...
Dominici: Bolchévique !
Blin: Sarkozyste !
Une fois lancé sur la politique, on savait tous que c'était difficile d'arrêter ces deux là. Heureusement, Agustin Pichot s'est interposé et a imposé son leadership. Et là, personne n'a bronché. Il a vraiment un don, ce gars.
Pichot: Les mecs ! Arrêtez de vous battre ! Matthieu a raison, on ne s'en sortira qu'en s'entraidant. J'ai déjà connu une situation pareille. C'est exactement la même chose que pendant la campagne du Ché en Bolivie, quand les guérilleros sont encerclés par les militaires, traîtres asservis à l'impérialisme américain...
Dominici: Bolché...
Pichot: Tais toi Christophe ! Ce n'est pas le moment.
A ce moment là, je me suis demandé pourquoi j'avais jamais essayé ça avant avec lui. Si Pichot avec ses 1m60 a réussi à le faire taire, ça devrait marcher pour moi aussi.
Pichot: Organisons nous ! Basta, tu vas t'occuper de transporter les soldats blessés.
Bastareaud: Tous ?
Pichot: Oui.
Bastareaud: Ok ! Pas de problème.
Là, Bastareaud a pris Burban sur son dos, Simon Taylor dans sa main droite, Pascal Papé dans la gauche et enfin Pedro Ldesma s'est accroché à ses dreadlocks. Quand j'ai vu ça je me suis dit qu'on a eu de la chance de le trouver avant que la WWE ne le signe pour son spectacle de monstres télévisé. Pichot a continué à donner ses directives.
Pichot: Juani ! Tu vas partir devant, en éclaireur.
Hernandez: Euh... pourqsuoi faire ?
Pichot: Pour nous montrer le chemin, Juani. Moi je suis un général, un combattant, je sais organiser mes troupes, mais c'est toi qui doit leur montrer la voie, les inspirer. Tu es notre guide, notre icone révolutionnaire. Tu es l'homme qui d'une chandelle peut éclairer la plus noire des nuits.
Toute l'équipe en choeur: Amen !
Hernandez: Vous commencez à me faire flipper là, les gars...
Pichot: VAMOS !
Alors tout le monde s'est mis à terre, pour ramper comme si on était dans la jungle. Juan est parti au devant, sans vraiment savoir ce qui se passait et ce qu'il devait faire, bref, comme il a été sur le terrain pendant toute l'année. Ca a duré un bon moment comme ça, et on commençait à avoir un peu mal aux genoux à force de ramper. Même que Beauxis s'est encore blessé. Alors Pichot a laissé tomber, et a proposé une autre idée.
Pichot: Bon je sais ! On va tout simplement escalader les barrières. Je me demande pourquoi on y a pas pensé avant tiens...
Landreau: Et dire que les journalistes parlent de manque d'intelligence tactique dans cette équipe... ils savent vraiment pas de quoi ils parlent...
Dominici: Hey ça va pas la tête ! Vous êtes capables de vous péter une rotule en branlant rien sur un terrain, alors si on commence à faire de la varape ça va être l'hécatombe. Pas question.
Beauxis: Et si on...
Pichot: Hey Rainmain, on t'appelera quand on aura besoin de quelqu'un pour compter le nombre de pierres qu'il y a dans le stade ! Quelqu'un d'autre a une idée ?
Beauxis: ...
Hernandez: ... Ca y est ! Je l'ai ! Je l'ai !
Un silence religieux, quasi-mystique, suivi cette réplique. Plus impressionnant encore que le silence de Twickenham pendant une tentative de pénalité. J'ai presque eu la chair de poule.
Hernandez: Quand je voulais rejoindre Leicester, j'avais pour projet de creuser un tunnel sous la Manche qui partirait de Jean Bouin. J'ai laissé tombé avec le temps mais le trou doit toujours être là, quelque part, si on s'y met tous on pourra peut être le finir... et arriver à Leicester !!!
Pichot: En fait, on va se contenter de sortir de l'enceinte du stade, Juani.
Hernandez: Bon ok... comme vous voulez...
On a fini par retrouver le trou, derrière les poteaux et on s'y est mis tous ensemble. Bastareaud avec ses griffes, Leguizamon avec sa tête et le reste de l'équipe à l'aide des petits drapeaux roses qui étaient posés dans les tribunes. Et croyez moi ou pas, ça a vraiment marché. En une demi-heure, on avait creusé une tunnel de plusieurs mètres de profondeur. Mais alors qu'on s'attendait à se retrouver dans les égouts de Paris, nous sommes tombés dans une pièce très très étrange. Je n'en ai jamais parlé à qui que ce soit avant, mais je peux vous promettre qu'à coté de ça, l'hotel abandonné de Shining ressemblait à Disneyland.
Les murs étaient recouvert de vieux vyniles d'un chanteur dont je n'avais jamais entendu parler, peut être était-ce une star en France, j'étais trop choqué pour oser demander. Il y avait également entreposées un peu partout, des robes scintillantes, des robes d'un autre âge, peut être des années disco, peut être même d'un autre temps, d'une autre galaxie. Mais plus étrange encore, tout au fond, il y avait une sorte de caisson qui émettait une lumière bleue qui éclairait toute la pièce. Il dégageait aussi de la vapeur froide. Etrangement attiré, je me suis approché... j'ai pu brièvement apercevoir à l'intérieur, une grande femme blonde, vêtue d'une robe du même genre que celles qui étaient exposées dans le reste de la pièce. Mais à ce moment là, Landreau m'a attrapé par le bras et m'a dit qu'il y avait certaines choses qu'il ne fallait mieux pas savoir au sujet du Stade Français. Il semblait en effet, que nous étions tombé dans le sous-sol du siège du club, qui se trouve comme vous le savez à quelques mètres du stade Jean Bouin. Nous n'avons donc pas eu de mal à retrouver la sortie, non sans récupérer l'impressionnant stock de barbapapa rose fluo stocké dans le sous-sol, pour nourir Basta. Après ça, on s'est tous rendus au bar Le Stade pour se boire quelques bières et rigoler de notre petite aventure.
Pichot: On est cons en fait, tout le monde sait qu'il y a un trou dans le grillage près de l'entrée des abonnées, on aurait pu s'enfuir par là !
Beauxis: C'est ce que j'a...
Bastareaud: NAN MIEUX ! On aurait pu DETRUIRE les tribunes ! Vu leur état ça aurait été facile ! En plus ça aurait fait faire des économies au niveau des travaux !
Pichot: Ahaha ! Ouais.
Bastareaud: Allez on va les DETRUIRE maintenant ! PREM'S !
Pichot: Calme toi un peu Basta. Tu reprends de la barbapapa ?
Et ça s'est fini comme ça, autour de bières et de barbapapa. Depuis ce jour, moi aussi, j'ai ma petite histoire à raconter sur Jean Bouin. Même si certaines choses me dépassent, même si mystères me hantent encore la nuit, j'aime ce stade. Et moi aussi, il va me manquer pendant les 3 ans de travaux.
Nan je déconne, de toute façon je serai sûrement plus là !

GENIAL!!!!!!
RépondreSupprimerMERCI POUR TON BLOG C'EST UNE MERVEILLE JE ME RÉGALE!!!!!!!
Que penses tu de la défaite du 2ème test-match eu égard à l'antiparisianisme primaire de lapin-colline
RépondreSupprimerLes mystères du Jean Bouin sont terribles...
RépondreSupprimertu as fumé quoi cette fois ? :D
RépondreSupprimerRaiman... Pour l'operation un club un autiste le Stade Francais fait tres fort, leur autiste est sur le terrain et joue a l'ouverture...
RépondreSupprimerAlors Ewen, on réagit pas au départ d'Hernandez la starlette ?????
RépondreSupprimerIl nous tarde d'avoir ton opinion !!!!!!
Quelle imagination !On s'y croirai. En tout cas ce blog est génial, ça fait du bien à la tête.Merci.
RépondreSupprimerEncore un message très drôle, ça fait du bien d'avoir des nouvelles d'Ewen et de sa drôle d'équipe !
RépondreSupprimerMais c'est clair qu'on aimerait connaître les véritables raisons du départ de Juanito du côté de l'Afrique du Sud ! Je suis sûr qu'Ewen rôdait dans les parages à la recherche d'un sens à sa vie ou d'un os à donner à ronger à Bastareaud quand ça s'est passé...
Bonne continuation en tous cas et c'est pas parce que c'est l'été qu'on ne doit plus avoir de nouvelles de la vie du stade hein ! ;)
Avant de commenter le départ de Juan, je préfère m'assurer qu'il soit vraiment parti. ;-)
RépondreSupprimerQuoique, ça pourrait inspirer un Looking for Juan Martin N°2...
Ewe tu nous manques!
RépondreSupprimerENORMMMMMMMMEEEEEEEE
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