dimanche 24 mai 2009

Looking for Juan Martin



Pour notre dernier jour de stage, on a décidé de tous se réunir autour d'un feu de bois, et de se parler les yeux dans les yeux. C'était le but original du stage, briser la glace, repartir de zéro, se serrer les coudes et se lancer à bloc dans la demi-finale. Entraîneurs, joueurs, Nicolas Jeanjean - j'ai pas trouvé de catégorie qui le définisse, en tout cas aucune qui ne soit pas blessante pour lui - peu importe notre position dans la hiérarchie du club, on s'est parlé d'hommes à hommes ce soir là. Chacun a proposé ses idées, ses solutions pour renverser les pronostiques et écrire une nouvelle page de l'histoire du Stade Français. C'est vite l'émulation au sein du groupe. On a tout de suite pu identifier la tendance "Canal historique" du club avec Auradou, Pichot, Roncero, Marconnet, Blin et Rabadan, et cela m'a permis d'enrichir mon vocabulaire français: castagne, baston, marrave, fourchette, plaquage à retardement, dégoupiller... etc. Nicolas Jeanjean, puisqu'on en parlait, a lui proposé quelque chose d'audacieux, peut être trop. Jeu au large, relance des 22, soutien permanent, intellience situationnelle... il a encore réussi à nous énerver Bastareaud qui était à deux doigts de le faire flamber, histoire de voir si après ça il aurait la peau rouge et noire. Après plusieurs minutes de débat, une tendance s'est nettement démarquée. On pourrait la résumer ainsi: "on passe la balle à Hernandez, puis on attend de voir ce qu'il fait."

C'est à ce moment là que Lionel "Bernardo" Beauxis a grillé son joker et a placé une des trois interventions orales qu'il se permet par saison: "Ecoutez les mecs, je crois que cette solution miracle a fait son temps, de plus sa réalisation est exrêmement précaire puisque liée à la forme d'un seul joueur. Si il s'avère que celle-ci est défaillante, nous n'aurons pas de plan B. Me titulariser à l'ouverture et laisser Juan jouer à l'arrière, tout en permutant en cours de match, permettrait de destabiliser l'adversaire et de proposer plus de variété dans note jeu. " J'avoue que j'ai d'abord été surpris par la qualité de son élocution, mais en même temps, en 4 mois de silence il a eu le temps de choisir ses mots précieusement. Des mots qui ont semé le trouble au sein du groupe, et c'est peu dire. On aurait dit qu'on venait de leur apprendre que la Terre n'était pas plate. Des insultes ont même jailli de la part de certains joueurs, dont Agustin Pichot qui, si je ne me trompe pas, a traité Beauxis de "heretico". Landreau a calmé le jeu en menaçant de ne plus faire griller de marshmallow et il a ensuite proposé de demander son avis au principal intéressé. C'est à ce moment là qu'on s'est rendu compte qu'il avait fugué.

Matthieu Bastareaud a confirmé son statut de révélation de l'année. En moins d'un quart d'heure, il a flairé, pisté et retrouvé Hernandez. Il a suffit de lui dire qu'il avait peut être été kidnappé par Guy Novès. En fait Juan Martin s'était juste rendu dans un champ non loin de là, pour admirer les étoiles. Ces latins et leur romantisme... au moment où je me faisais cette réflexion j'ai vu Rodrigo Roncero lancer des cailloux sur une vache située plus loin dans le champ, complètement hilare, et je me suis dit que j'avais peut être un peu vite généralisé. A défaut d'avoir arrêté notre choix sur le N°10, le sujet étant trop épineux pour un groupe encore convalescent et divisé, on s'est interrogé sur celui de Perpignan. Et personne ne savait vraiment qui était l'ouvreur de Perpignan. Déjà, c'est pas Carter. Qui alors ? Larrahague, Hume, Mélé, Meyer... ? Landreau, toujours le mot pour rire, a même lâché "Et si ils faisaient jouer Mieres ?" Tout le monde a rigolé. Sauf une personne.

- Bah non, yé souis là.

Putain ! C'était vrai, c'était vraiment Mieres, il était avec nous depuis le début du stage et personne ne l'avait remarqué. C'est vraiment facile de passer inaperçu dans cette équipe, j'ai aucun mérite en fait. Dominici a froncé ses sourcils comme Robert de Niro - il adore faire ça visiblement - et lui a demandé ce qu'il foutait là d'un ton autoritaire.

- A Perpignagne ils m'ont dit que je leur servais plus à rien et qué yé pouvais retourner à Paris, alors yé lé fait.

- Bon, c'est pas grave, lui a dit Domi. Tant que tu as payé ta part pour le stage comme les autres, après tout je ne vois pas le problème...

- Euh... oui, biene sour... biene sour...

- Tu vas peut être pouvoir nous donner des indications sur Perpignan en plus ! Hé hé.


Et on en a eu. Dominici a pris des notes comme un fou. Jusqu'à ce qu'il se rende compte que c'est bien de l'équipe Espoirs de l'USAP qu'il parlait, Mieres n'ayant pas fréquenté les pro plus de deux semaines. Ca nous a quand même permis d'en apprendre plus sur la grosse cote du moment à l'USAP, un certain David Mélé. A 23 ans, il pourrait coiffer tous ses concurrents au poteau et débuter la demi-finale avec le N°10. Jeune, insouciant, il ne se pose pas de questions, enfile les pénalités et les drops avec une facilité déconcertante. Landreau est intervenu "J'ai pigé, ils veulent nous refaire Michalak 2001 !". Comme je n'étais pas là à l'époque on m'a raconté l'histoire des débuts de Fréderic Michalak. Quand quelqu'un m'a dit qu'il avait même passé une pénalité de plus de 50m en finale, j'ai cru que c'était encore un bizutage et qu'on se foutait de ma gueule, comme en début d'année quand on avait voulu me faire croire que Beauxis et Semperé avaient été champions du monde... mais Gasnier nous a montré la vidéo sur youtube depuis son Iphone dernier cri et je me suis dit qu'il était quand même sacrément bien payé pour toucher 5 ballons par an. En même temps, pour le coup c'est peut être plus Bastareaud et Liebenberg qu'il faudrait blâmer.

On est revenu sur le cas Mélé et Dominici nous a sorti qu'il ne croyait pas au mythe du jeune joueur insouciant à qui tout réussi, ou en tout cas que ça ne dure pas et il a lancé un regard méchant à Beauxis. Plus tard, dans la nuit, j'ai entendu quelqu'un quitter sa chambre discrètement. J'ai d'abord pensé que c'était encore Juan qui essayait de fuguer, mais c'était bien Lionel. Il était parti s'entraîner à taper des pénalités. Toute la nuit...enfin, jusqu'à ce qu'il se blesse, comme à son habitude. 

En attendant, le stage touchait à sa fin et on ne peut pas dire qu'on avait réellement avancé. Honnêtement, cette équipe de Perpignan ne m'inspirait pas vraiment la terreur, même si la présence du mot Arlequin dans les les initiales USAP était assez désagréable à mes oreilles. Besogneux, vilains petits canards du rugby français, ils avaient l'habitude de compléxer face aux grosses écuries et de se ramasser en phase finale. Cette année, ils ont passé un cap en finissant 1er du Top 14, avec un jeu plus épanoui qu'à l'habitude. Le seul problème c'est qu'ils tombent quand même sur la seule équipe qu'ils n'ont pas réussi à battre cette année... de quoi continuer d'entretenir un petit complexe. Moi, ma foi, j'aurais préféré les prendre en finale au Stade de France. Apparemment cette année c'était opération porte ouverte là bas, c'est quand même dommage de ne pas leur laisser une seconde chance...

16 commentaires:

  1. Et ça continue. Bravo encore.
    Avec Ewen on apprend beaucoup.

    Don't look back.

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  2. Excellent ! *o*
    Le stade français comme on a toujours rêvé de le voir, le personnage de Baastareaud est de plus en plus drôle ! Plein de petits détails qui font plaisir à lire ! Bonne continuation.

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  3. C'est toujours aussi drôle, bien écrit et très bien vu! Un plaisir! Merci!

    marcofan91

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  4. Magnifique, bravo et bon courage pour continuer à nous enchanter.

    Ardwen

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  5. Je m'étais jeté la semaine dernière sur le premier billet, là de retour de week-end ca redonne la banane !

    Un seul mot : EXCELLENT

    Benoit

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  6. J'adore te lire

    (italienne)

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  7. J'adore !!!! Je suis morte de rire !!! Continue !!

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  8. magnifique!!!! De la poésie!!!!

    Amitiés catalanes

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  9. un seul mot : ENORME ! J'ai failli me pisser dessus - encore :)

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  10. Mékilécouillon !!! Excellent, en particulier le passage "Dominici a pris des notes comme un fou. Jusqu'à ce qu'il se rende compte que c'est bien de l'équipe Espoirs de l'USAP qu'il parlait"

    Bravo, quel talent!

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  11. énorme, marrant, mais tellement vrai

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  12. C'est un régal de te lire. Continue longtemps.

    Un catalan ....
    de Toulouse ....

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  13. C'est du très bon. J e suis mort de rire. Bravo pour le style. J'attend avec impatience la suite !

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  14. En cherchant un peu, on trouve sur la toile des images de L Beauxis exprimant du plaisir
    http://www.youtube.com/watch?v=LRiju4e-Vz8&eurl=http%3A%2F%2Fwww%2Efacebook%2Ecom%2Fprofile%2Ephp%3Fid%3D716178403&feature=player_embedded

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  15. Quel talent! C'est comme si on y était...ou mieux encore!
    Too much!!
    Kittie

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