
Bon, ben voilà. Je me doutais que ça arriverait un jour ou l'autre, et même assez vite, sachant que mon contrat se terminait à la fin de cette saison et que seul un miracle - entendez par là un titre - aurait pu me permettre de prolonger l'aventure. Mais là, saluons Max Guazzini qui a réussi ce qu'aucun de nos ailiers n'avait réussi jusque là cette saison: prendre tout le monde de vitesse. J'avoue que je pensais pas qu'il oserait, ce con. C'est un peu comme Heymans en Nouvelle-Zélande, on se disait il est vieux, gâteux, à moitié dépressif et en plus sa teinture c'est de pire en pire, il peut pas arriver grand chose. Et boum. Voyons le point positif: avec mon golden parachute de Champion du Monde, j'ai de quoi me payer de bonnes vacances. Peut être aussi que je vais racheter le contrat de Mark Gasnier et l'engager comme majordome dans ma proprieté à Sidney, parce que bon, le rugby à XV c'est un peu mort pour lui maintenant. Quoique. Le Stade Français ressemble de plus en plus à son voisin d'en face, et il serait bien capable de tout péter en Super 14 l'année prochaine juste pour faire chier. Qui sait.
Je reste quand même sur un goût d'inachevé, un peu comme quand Leguizamon perce sur 60 mètres avant d'enterrer le ballon au pied des poteaux et de se faire pénaliser. En 5 matchs, dont 3 à l'extérieur à Anoeta, Mayol et Aguilera où tout le monde n'ira probablement pas gagner, c'était peut être quand même un peu précipité comme décision. Bon j'avoue, pour Montauban on a déconné. Mais bon, les arrières manchots et la défense porte de saloon, sur le papier c'était quand même Dominici qui en était responsable. Mais j'imagine que se séparer uniquement de Christophe aurait été un trop grand affront fait au fils préféré. Moi, ça va, on peut me rabaisser, dire que de toute façon, j'étais pas le premier choix. Ca tombe bien, Dominici non plus c'était pas mon premier choix comme adjoint. Le polo rose fluo non plus, c'était pas mon premier choix le matin quand je m'habillais... voilà un autre bon point: au moins je serais débarrassé du dress code. Mais je dois avouer que je suis quand même un peu sceptique sur le choix de nos successeurs. Appeler les coachs qui ont fait vivre à Biarritz et Agen les pages les plus difficiles de leur histoire récente à la rescousse du Stade Français, c'est un peu comme si Bouscatel décidait de remédier aux soucis offensifs du Stade Toulousain en engageant Bernard Laporte et Nick Mallett. Ou pour paraphraser Max, c'est un peu comme essayer d'ouvrir une porte en or avec une clef rouillée, qu'on a même déjà cassée en la forçant dans une autre serrure Mais reconnaissons à Delmas qu'une équipe dont les maux sont l'inefficacité offensive, le jeu à plat indigent, le manque de confiance, la maladresse, l'abus de jeu au pied... ben il connait. Bon, ça ne veut pas dire non plus que la dernière fois il avait trouvé de solutions. Mais il a eu le temps de se reposer depuis, peut être qu'avec le recul il aura réalisé deux trois trucs. Mais hey, en fait, maintenant je m'en fous non ?
Enfin pas tout à fait. Le rugby, c'est avant tout une aventure humaine. Enfin au Stade Français ça ressemble plus à une partouze sous acide, mais toujours est-il que j'ai eu le temps de m'attacher à certaines personnes, à certains joueurs, certains membres du staff. Je suis même responsable de la venue de certains et je me sentais obligé de dire au revoir aux joueurs lors de ma dernière séance du matin. A la fin de celle-ci, j'ai réuni tout le monde au centre du terrain, en prenant bien soin d'écarter Dominici en lui disant que j'avais vu Bernard Laporte tenir un stand de vente de barquettes de jambon devant les grilles de Jean Bouin.
- Les mecs, c'est le dernier entraînement que je dirige. Je pars. Max l'a décidé.
Là, j'ai quand même été surpris de voir qu'il y avait encore une partie non négligeable des joueurs qui ne savaient pas qui j'étais. D'autres par contre, ont étés particulièrement touchés. Je pense à Mark Gasnier évidemment, en pleurs et à qui j'ai laissé son doudou, une peluche en forme de kangourou. Mais aussi James Haskell, qui m'a dit "Si j'avais su qu'ici on changeait les entraîneurs au bout de 5 matchs, je serai allé avec mes compatriotes à Brive". Ca a eu le mérite de faire rire tout le monde et certains en avaient bien besoin. Ignacio Mieres par exemple était inquiet comme tout, il se demandait si les prochains entraîneurs allaient croire qu'il était un joueur de rugby. Je lui ai dis "t'en fais pas gamin, si tout le monde ici est persuadé que Liebenberg est un joueur de rugby, pour toi ça peut encore marcher un bon moment aussi". Une autre de mes recrues par contre, Ollie Phillips, n'était pas du tout affecté, lui. Malgré les résultats, il vivait son séjour parisien comme la plus belle période de sa vie. Des fois quand même, il fayotait un peu, par exemple quand il a commandé 14 exemplaires du calendrier des Dieux du Stade... mais bon, au moins ça veut dire qu'il y en a qui se sentent bien ici, c'est bon à savoir. J'ai aussi salué Benjamin Delmoral, tout en chaînes en or, qui m'a confié qu'il était presque aussi triste que le jour de la mort de Tupac. Perso, je suis même pas sur qu'il savait qui c'était y'a 3 semaines, mais je l'ai laissé dans son trip. Puis enfin Matthieu Blin, mon relais dans l'équipe, qui m'a dit que tout foutait le camp au Stade Français que c'était comme au Parti Socialiste... il était parti sur sa lancée, mais heureusement Roncero lui a filé un discret coup de pied en plein tibia, ça l'a calmé. Du coup, je savais pas trop s'il avait les larmes aux yeux à cause de la douleur ou de la tristesse de le voir partir, mais dans le doute, je l'ai pris dans mes bras. Puis je suis parti en leur souhaitant à tous bonne chance pour le reste de la saison, la conférence de presse du grand Max allait pas tarder à commencer, et les nouveaux coachs dirigeaient leur premier entraînement dans la foulée. Une page se tournait.
Et depuis, me voici de retour dans mon Australie natale. Vous vous demandez qu'est-ce que je vais foutre là bas ? Je sais pas, des trucs d'australiens classiques, faire du surf, chasser des crocodiles, faire du surf, courir après les kangourous, etc. Je m'en fais pas trop pour l'avenir, j'ai déjà quelques contacts dans le Super 14. Mais l'avenir de ce blog, je ne vais pas vous mentir, est lui en péril. Ben ouais, on va plus avoir grand chose à se raconter quand même. Je voudrais donc remercier tous ceux qui m'ont lu, et ceux qui m'ont répondus ici et là. Vos messages m'ont fait plaisir, rire, et m'ont même inspiré parfois. C'était chouette, vraiment. Pour finir, je ne vous cacherais pas non plus que je vais profiter de mon petit congé pour me plonger plus intensément dans une de mes passions, que j'ai pu approfondir en France : la gastronomie. Ca tombe bien, j'ai justement trouvé un site très intéressant et j'aimerais que vous alliez jeter un coup d'oeil :
http://boucherie-ovalie.jimdo.com/
Allez y faire un tour, vous verrez, vous serez en bonne compagnie.
Goodbye !






